samedi 3 juin 2017


Sur la fin de l'émission L'Esprit public

Apprenant la décision de la direction de France Culture de mettre fin à l'émission sous sa forme actuelle, je n'en suis pas trop surpris et trouve cela justifié et courageux.

L'émission s'était beaucoup sclérosée, avec certains participants qui fonctionnaient de plus en plus souvent comme des marionnettes de leur propre idéologie. Le public vieillissait lui-aussi. France Culture doit certes continuer à satisfaire son public mais il lui faut aussi accrocher de nouveaux auditeurs et le respect que l'on a pour une institution ne doit pas condamner à la garder comme une momie. Actuellement une émission comme Les Grandes Voix d'Europe 1, avec des journalistes chevronnés et qui en ont vu d'autres, est infiniment supérieure à l'Esprit public.

Quelques mots maintenant sur les années où j'ai régulièrement participé à l'émission.

Lorsqu'en 2003, à la suite, je pense, de quelques tribunes publiées dans la presse, je reçus un appel de Philippe Meyer pour participer à l'Esprit public, je pensais que ce serait une contribution occasionnelle.
J'y restai finalement six ans, devenant ce qu'il appelait un de ses " sénateurs " aux côtés de Max Gallo et de Jean-Louis Bourlanges.

Je sais encore gré à Meyer de m'avoir donné la possibilité de dialoguer librement et longuement chaque dimanche avec ces deux compères – et quelques autres invités.

Je faisais entendre des points de vue un peu décalés, sans afficher des positions forcément étiquetables " de droite " ou de gauche ". Cela surprenait ceux qui aiment les choses bien identifiables, mais plaisait, je crois, à pas mal d'auditeurs. Il m'arrive encore aujourd'hui, huit ans après mon départ, d'être abordé par des gens déplorant mon absence de l'émission ou me félicitant de mes interventions...récentes. Parfois je me demande avec quelle horloge vivent ces sympathiques fidèles.

Ce resterait une belle expérience si elle ne s'était terminée de manière sordide.

Car à l'automne 2009 Meyer me congédiât tel une bonne à tout faire dans un roman de Zola (" reste chez toi ") pour des raisons que j'ignore encore, mais avec les délicates manières de ceux qui s'estiment au dessus du commun.

Beaucoup d'explications ont circulé alors : avais-je malencontreusement attaqué Polanski alors défendu bec et ongles par toute la nomenklatura parisienne ? Voulait-on me remplacer par un représentant d'une gauche authentiquement caviar qui serait plus utile que moi pour avancer dans les réseaux parisiens ? Avais-je pris progressivement trop de place et fait de l'ombre au maître des lieux ? Peut-être toutes ces explications sont elles vraies ensemble.

Je n'ai jamais mis en question le droit de Meyer de me congédier d'une émission qui était sienne.

Ce que je n'ai pas apprécié, pour dire le moins, c'est le manque de manières, d'égards et d'élégance de Meyer.
C'est aussi le fait qu'il n'ait jamais eu le courage ou la franchise de donner la moindre explication aux auditeurs nombreux qui s'interrogeaient sur ma " disparition " du jour au lendemain. Etais-je mort, en prison, parti en Tasmanie? J'avais disparu.
Entre parenthèses, je pus mesurer alors le courage des journalistes qui ayant eu vent de l'affaire se gardèrent bien d'en dire quoi que ce soit. Ils me téléphonaient, puis revenaient vers moi en disant qu'ayant appelé Meyer, ils avaient décidé qu'il n'y avait rien à dire...Ce fut le cas à Marianne et même au... Canard enchaîne bien pleutre pour une fois...
Sainte omerta!

Ce que je pardonne encore moins, c'est qu'on m'ait fait disparaître de tous les témoignages d'auditeurs et qu'on n'ait pas mentionné une seule fois ma participation de six années lors de la célébration de la 600ème de l'émission. Pas un nom ne manqua sur la plaque du monument – sauf le mien. Quelle élégance ! Quelle rancœur ! Quelle ingratitude alors que j'avais contribué à passablement augmenter le nombre d'auditeurs, notamment parmi les jeunes.

Comme sur les photos de Staline ou d'Enver Hodja d'où disparaissaient les fusillés, j'avais été effacé de l'histoire...

Pour ce qui est de Meyer, après toutes ces années de fréquentation, disons que c'est un personnage de La Bruyère.
Si j'écrivais de nouveaux Caractères, il aurait sa place entre Ménippe, Giton et Théodecte. Il est assez intelligent (n'exagérons quand même rien) et un peu cultivé (d'une culture souvent vieillotte et conservatrice), porté à la pomposité et à la vanité. Lui même se dit toutologue. Avec une meilleure connaissance des langues mortes, il pourrait dire pantologue (comme pantocrator) ou toutoloque (comme ventriloque) – les deux lui conviendraient.

Son amour des décorations en dira plus qu'une conclusion.
Notre homme est Commandeur de la Légion d'honneur, Commandeur des arts et lettres, chevalier de l'ordre national du Mérite, des Palmes académiques et du Mérite agricole. Excusez du peu. Il manque juste le grand Cordon de l’Éléphant blanc du Neverland.


Ci-dessous: art de la prestidigitation






2 commentaires:

  1. Il est tout de même incroyable pour les lecteurs et vos auditeurs anonymes de n'avoir jamais su - même après toutes ces années - pourquoi vous avez été ainsi brutalement viré. Le saura-t-on un jour ? Après la mort des protagonistes ? voire du dernier auditeur...?

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    1. assez incroyable oui - juste un peu stalinien

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