lundi 5 juin 2017

Deux mondes

Hier visite en enchaînement de l’exposition d’Art Africain de la collection Pigozzi à la fondation LVMH et de quelques pièces de la collection d’Alicia Koplowitz au musée Jacquemart-André.
Dans les deux cas, des oeuvres de grande qualité.
Chez LVMH, c’est du grand spectacle avec Kentridge, Samba, Kingelez, Nimi, Toguo, Bouabré, Dakpogan, Keita et bien d’autres. Les salles immenses sont occupées avec élégance par des oeuvres immenses (sauf peut-être Toguo). Il y a du spectacle et de la force. Hormis les dessins de Toguo et les photos de Keita, on se demande seulement ce que signifie cet art visiblement de commande: des “scouts” compétents parcourent l’Afrique pour quelques grandes collections et les artistes répondent par des propositions d’envergure. En d’autres temps, par exemple à l’époque du Salon et de l’art officiel 3ème république, on aurait dit que c’est de l’art pour la galerie. Ici, c’est à l’évidence de “l’art pour fondation”, de “l’art pour biennales”, de “l’art pour événement” et donc de “l’art pour divertissement”. Même dans la sélection d’Afrique du sud et en dépit des discours politiques qui parlent encore et encore d’engagement, les oeuvres sont plus démonstratives esthétiquement que parlantes et émouvantes. On est dans le registre de l’art non pas pour l’art mais de l’art pour la montre, aussi élégante et distinguée que soit cette montre.
A l’opposé, dans les petites salles pas très valorisantes du premier étage du musée Jacquemart-André, sous le titre de Zurbaran à Rothko, la sélection de chefs d’oeuvre de la collection Koplowitz touche et on en ressort changé.
Les pièces ont été admirablement choisies: un petit vase de fleurs de Van Gogh, un admirable petit Gauguin bien plus fort que certaines de ses plus grandes peintures, un demi-nu de Picasso de 1906 somptueux, un de Kooning de 1977 à côté d’un Rothko inoubliable, un Tàpies de grande qualité (car Tàpies a beaucoup produit et pas toujours de manière égale), deux Barcelo magnifiques, sans oublier un fabuleux portrait de Antonio Lopez Garcia.
 Ici l’art est destiné au regard - à l’intelligence de l’oeil.
En fait on a visité deux mondes totalement différents.





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