vendredi 20 janvier 2017

Bordarier à la galerie Jean Fournier
Comment qualifier ces grandes peintures carrées, d'une seule couleur mais pas vraiment monochromes puisque la couleur n'occupe pas toute la surface, avec en tout et pour tout comme "palette": du noir (une peinture), le vert très particulier du sulfate de cuivre (couleur de la "bouillie bordelaise dont on sulfate les vignes), du rouge et du violet (le violet de Mars)?
Avec une virtuosité impeccable dans le maniement du presque rien, Bordarier étale ses jus colorés avec une raclette jusqu'à ce que la forme - une forme quasiment informe, juste la forme de la couleur - prenne et atteigne les bords du tableau.
Il y a là quelque chose d'une pratique orientale ou ascétique de la peinture. Si pour le moine Citrouille de Shitao, un seul coup de pinceau, c'est toute la peinture, pour Bordarier l'étalement d'une flaque c'est la forme.
On évoquera le minimalisme, le monochromisme, toutes les pratiques du peu. Et il y a effectivement de ça. Les contempteurs du presque rien s'ébaudiront une fois de plus en dénonçant le néant de l'art contemporain. Et ils auront tort, car il n'y a là rien du gadget et rien de cynique.
Car ces peintures muettes, distantes sans être hautaines ni jouer sur le sublime produisent un effet très fort. On y sent une présence intense. Pas celle du peintre, pas celle d'une expression ou exhibition d'ego. Ce serait plutôt la présence muette et chaleureuse des fragments de fresques ou des tableaux de Piero della Francesca une fois qu'on a oublié l'histoire qu'ils racontent et qui ne nous concerne plus.
Mon expression à moi est plutôt compliquée - mais ce qui m'a rassuré, c'est que mon appareil de photo, pourtant pas trop mauvais, n'arrivait pas ou presque pas à "mettre au point". Ses logiciels perfectionnés n'arrivaient pas à trouver sur quoi se concentrer. Il m'a fallu chaque fois prendre quatre ou cinq clichés pour en avoir un d'acceptable. L'oeil de l'appareil était aussi décontenancé que l'oeil humain. J'y vois la marque de cette étrange réussite.
Jusqu'au 4 mars 22 rue du Bac Paris.

dimanche 15 janvier 2017

Galeries - Un parcours rapide le samedi 14 janvier 2016 à Paris

Avec la tendance expatriotique qu'ont les galeries parisiennes d'ouvrir des succursales à Bruxelles ou au Luxembourg, je me suis trompé. Je croyais que Buraglio exposait chez Bernard Ceysson- Paris, rue du Renard. Raté! C'était au Luxembourg.
Faute de Buraglio, j'ai rapidement parcouru chez Bernard Ceysson une exposition sur les animaux (avec la participation de Buraglio quand même) assez pathétique. Franchement, les animaux, c'est fini. Entre les abattoirs et les chiens-chiens, pas beaucoup de place pour l'inspiration.
Vincent Corpet 24 rue Beaubourg, une quasi rétrospective que l'artiste récuse comme telle, mais qui présente un choix de ses oeuvres sur près de 30 ans. Les meilleurs Corpet sont pour moi les plus picassiens - ceux où la distorsion des images a un sens visuel et non pas littéraire. Le jour où Corpet acceptera d'être lui-même sans jouer un double ou triple jeu, il sera convaincant.
Philippe Cognée chez Templon. Je n'aime pas trop cette peinture figurative cirée et patinée qui se complaît dans son savoir-faire, mais quand elle bascule dans l'abstraction ou la ruine, elle devient intéressante. C'était le cas aussi bien pour les vues de bâtiments ruinés que de foules qui se désagrègent en essaims de touches.
Alberto Cont chez Bendana Pinel. Au premier abord, la peinture de Cont semble abstraite géométrique cinétique - mais ce n'est rien de tel. Plutôt des vibrations sensibles, quasiment immatérielles. En plus superbe accrochage, pas surchargé, lumineux et calme. Incitation à prendre le temps de regarder intensément.
Michel Duport chez Baudoin-Lebon: toujours la même subtilité et délicatesse dans ces objets peintures en plâtre présentés comme des peintures sur de fausses cimaises. Il y a dans la même exposition quelques pièces de Limérat - mais je n'ai jamais trop accroché à ces reliefs graciles.
Last but not the least, Antoine Perrot et Jean-Gabriel Coignet chez Lahumière. 
Perrot est le peintre duchampien par excellence: il ne peint pas mais prélève des fragments de peinture (matières et couleurs) dans la réalité banale des objets que sont paillassons, rubans, tissus imprimés de plus ou moins bon goût. Le readymade mais...rendu à la peinture: du Duchamp rétinien. Et l'oeil de Perrot est subtil et poétique. D'un morceau de paillasson il vous fait un tableau abstrait géométrique. Peut-être devrait-il plus assumer le caractère poétique de son geste au lieu de se réfugier dans une ironie aujourd'hui un peu banale - mais je n'en suis que plus à l'aise pour dire tout l'intérêt de ce geste et la qualité sensible de cette appropriation. 
Les sculptures au sol de Coignet sont discrètement présentes - notamment une appartenant à sa série des Katarzina (en hommage évidemment à Katarzina Kobro). Comme Kobro, il devrait faire quelques petits formats: il y a encore une place pour la sculpture-bibelot car l'espace est aujourd'hui rare pour tout le monde, artistes compris.
Dernière remarque: dans ces galeries, pas ou presque pas de public jeune. On perçoit un glissement culturel net. Les nouvelles générations sont au café, dans les magasins de fripe, dans les clubs, sur leur tablette.