samedi 23 juillet 2016


Hollande ou la politique du chien crevé au fil de l'eau - mais le chien calcule encore.

La vigueur avec laquelle j'attaque la politique de Hollande et de son gouvernement n'a rien de passionnelle mais tient à un diagnostic net de la situation.

En premier lieu j'estime que la politique internationale de la France est inepte. Et ce n'est pas parce qu'elle le fut sous Sarkozy que c'est excusable. Je ne comprends franchement rien à notre engagement au Moyen-Orient. Qu'allons nous y faire et surtout que voulons-nous, qu'y cherchons-nous ? Idem en Afrique – mais si c'est pour maintenir les chasses gardées du Medef Afrique et de ses barbouzes... Hollande fanfaronne mais le manque de justifications de sa politique est abyssal. Je n'ose pas penser que dans son machiavélisme de chef de rayon il se dise que quelques attentats de plus régleront la question des primaires à droite comme à gauche et le confronteront donc à Sarkozy. Mais je commence à me demander pourquoi il multiplie les provocations.

En second lieu, je suis effaré de la légèreté et du manque de professionnalisme de l'action anti-terroriste. La protection de Charlie était ridicule. Et si le massacre du Bataclan était quasiment inévitable, celui de Nice était évitable Simplement on a baissé la garde après l'euro et les pantalonnades du maintien de l'ordre pendant les manifestations contre la loi Khomri ont désorienté et épuisé les forces de l'ordre. Les services de renseignement n'ont toujours pas été réorganisés. Quant aux mesures réglementaires et législatives pour faire face au terrorisme, elles ne sont pas prises - au nom de la bien-pensance socialiste. Il faut continuer à penser que les terroristes sont juste des forcenés. On a donc un état d'urgence sans mesures d'urgence. Ça consiste en gros à balader des militaires en treillis sur les trottoirs. Ce qui n'empêche pas de parler toute la journée de "guerre" avec et contre le terrorisme. Faudra-t-il que monsieur Cazeneuve attende le 500ème catafalque pour qu'on comprenne qu'il faut tout changer, à commencer par lui.

En troisième et dernier lieu, il est patent que Hollande n'agit que par électoralisme. Qui se souvient que dans la nuit du 13 au 14 novembre, lors de sa première déclaration post-bataclan, Hollande a affirmé que désormais le pacte de sécurité (on voit comment il l'a assuré!) se substituait désormais au pacte de stabilité? Qui? Et pourtant c'était tellement significatif: le médiocre opportuniste veillait au milieu de a tragédie. Quel meilleur prétexte trouver pour ouvrir aussitôt les vannes permettant d'acheter les voix? Ce à quoi on assiste depuis plus de six mois dans tous les domaines possibles et imaginables. Le pays est gouverné par un individu qui ne pense qu'à se faire reconduire, dût le pays s'effondrer.

Telles sont mes raisons. Je ne les développe pas car elles sont chaque jour ou presque corroborées par un (non)-acte ou une déclaration de fanfaron prudhommesque.

De toute manière qui peut imaginer qu'un homme qui n'est pas Président de la république mais "fonctionnaire à la cour des comptes en détachement pour exercer les fonctions de Président de la République" - pour garder ses droits à la retraite et son avancement – soit quelqu'un d'estimable et d'honorable?


vendredi 22 juillet 2016

Entretien réalisé par Catherine Vincent pour le Monde supplément Idées du 23 juillet 2016


Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher en janvier 2015, le Bataclan et les terrasses de cafés parisiens en novembre de la même année, la promenade des Anglais, à Nice, le 14 juillet dernier : après cette série d’attentats meurtriers, la société française se voit contrainte d’apprendre à vivre avec le terrorisme. Comment faire face à cette difficile cohabitation ? Réponses du philosophe Yves Michaud, auteur du récent ouvrage Contre la bienveillance (Stock, 192 p., 18 euros) et spécialiste de la violence sociale.

- Le terrorisme avait déserté notre quotidien depuis vingt ans, il semble aujourd’hui s’y installer de façon durable. Que se passe-t-il quand une société aussi policée que la nôtre se retrouve brutalement confrontée à cette violence extrême ?
- Face à ce genre d’agression, on essaie toujours d’oublier : c’est la réaction normale face au traumatisme. Mais là, le rythme s’accélère, la répétition devient massive. Il est donc impossible d’oublier. D’où la stupeur et la peur qu’on observe dans la population. L’atmosphère est pesante, tout le monde est concerné. D’autant que les bilans sont très lourds, beaucoup plus que lors des attentats islamistes de 1995. Et que les gens se doutent bien que ça va continuer.
- Si cette violence s’installe, cela peut-il produire d’autres formes de réaction dans notre société ?
- Cela dépendra en partie de la dignité et de l’efficacité avec laquelle les autorités géreront la situation. Ce qui est sûr, c’est qu’il va falloir apprendre à vivre avec cette peur.
Je vois deux scénarios possibles. Un scénario à l’israélienne – même si la situation est considérablement différente en Israël, tout petit pays en sentiment d’état de siège –, c’est-à-dire s’habituer à vivre avec la terreur en étant tout le temps sur ses gardes. Ou un scénario plus à la française, comme celui qui prévalait sous le Directoire après la ­Terreur : un hédonisme renforcé.
L’idée est alors, compte tenu des risques, de profiter encore plus du moment présent : on continue et on fait la fête. C’est d’autant plus plausible que nous sommes largement dans une société de loisirs et de plaisirs, en tout cas dans les villes.
Je ne crois pas, en revanche, à des réactions violentes intercommunautaires. On parle beaucoup d’une poussée d’islamophobie, mais ces propos sont manipulés, d’une part par les islamistes eux-mêmes, d’autre part par les médias et les intellectuels spécialisés dans ce genre de discours. Dans la réalité, il n’y a pas d’augmentation nette des actes d’agression, contre les mosquées par exemple. Les attaques dont nous sommes l’objet depuis l’année dernière sont d’ailleurs tellement horribles et radicales qu’il devient de plus en plus difficile de faire un amalgame simpliste entre ces terroristes et les populations musulmanes. Plus les attentats sont énormes, plus ils peuvent avoir de ce point de vue un effet « bénéfique ».
- L’historien Yuval Noah Harari estime que si nous sommes si sensibles à ces attaques, ce n’est pas seulement parce qu’elles sont atroces, mais aussi parce que l’Etat moderne fonde sa légitimité sur la promesse de protéger l’espace public de toute violence politique – pacte qui se trouve donc rompu. ­Etes-vous d’accord avec cette analyse ?
- Pas du tout. C’était vrai il y a quelques décennies, ça ne l’est plus aujourd’hui. Le concept auquel cet historien fait référence est celui du monopole de la violence physique légitime, tel que l’a défini l’économiste et sociologue allemand Max Weber au début du XXe siècle. Selon cette conception, l’Etat a le monopole de la violence politique sur son territoire. Mais dans les faits, aujourd’hui, l’Etat ne protège plus parfaitement l’espace public de cette violence – en témoignent le déroulé de certaines manifestations, ou les dégradations commises dans les ZAD [zones à défendre]. Et ce n’est au fond pas si grave, dès lors qu’il n’y a pas de victimes.
Ce qui nous rend sensibles au terrorisme, c’est qu’il s’agit d’une tout autre forme de violence. Le terrorisme, c’est vraiment de la mort, en quantité, et de la souffrance – car les bilans ne se comptent pas seulement en cadavres, mais aussi en handicapés et en traumatisés graves. Pour le dire autrement : on accepte aujourd’hui, dans nos sociétés, un assez haut niveau de violence politique symbolique. Mais le terrorisme nous fait entrer dans une autre dimension de la violence, à la fois réelle et massive.
- Quelle comparaison peut-on faire entre cette forme de violence et celle que nous avons connue dans les années 1970, avec les Brigades rouges ou la « bande à Baader » ?
- La différence tient surtout, à mon sens, aux viviers potentiels du terrorisme actuel. Que ce soient les Brigades rouges, Action directe, la bande à Baader ou l’Armée rouge japonaise, les groupes terroristes des années 1970 sont restés de toutes petites bandes et n’ont jamais trouvé de relais dans un vrai vivier populaire. L’Armée rouge japonaise a fait énormément de dégâts, mais ils n’étaient que 40 militants au total ! Ce n’est pas le cas avec le terrorisme d’aujourd’hui, qui trouve ce relais parmi des citoyens européens d’origine immigrée. Dans l’attentat du Bataclan comme dans celui de Bruxelles, le phénomène des bandes de cités apparaît clairement. Ce sont des copains, qui évoluent dans un milieu où existe une grande perméabilité entre délinquance ordinaire et terrorisme. Par ailleurs, leur forme de violence n’est pas non plus la même : les groupes terroristes des années 1970 ne faisaient pas des carnages indiscriminés, mais des actions ciblées et théorisées.
- Des rafales de kalachnikovs aux terrasses de cafés, une prise d’otages dans une salle de concert, un camion lancé sur la foule… Ce que nous vivons a ceci de particulier que la terreur peut survenir n’importe où, de n’importe quelle manière. Comment gère-t-on une telle situation ?
- Dans nos sociétés complexes, tout peut en effet être retourné et devenir une arme. Alors bien sûr, puisqu’on ne peut pas savoir à quoi s’attendre, cela renforce l’angoisse et le sentiment d’insécurité. C’est un sentiment très réel, qui à mon avis va se répandre. Cela renforce aussi le resserrement du lien de la communauté politique. On l’observe depuis toujours : c’est l’insécurité et la violence qui font accepter l’autorité du pouvoir souverain. Il y a une très forte demande d’autorité, qu’illustre notamment l’acceptation, par la population française, de l’état d’urgence.
- Toute cette violence réveille une peur que vous qualifiez de « cinématographique ». Que voulez-vous dire ?
- La littérature de science-fiction a pratiquement traité tous les cas de terrorisme : le train fou, l’avion devenu bombe, le camion meurtrier… Et les films qui en ont été tirés aussi. D’ailleurs, dans l’attentat de Nice que nous venons de connaître, le terroriste lui-même est entré dans la fiction cinématographique. Il est allé louer un 19-tonnes ! S’il avait choisi un 4 x 4 – certains sont ultra-puissants, et plus difficiles à arrêter qu’un camion –, il aurait probablement fait autant de dégâts. Mais moins de spectacle.
Cette violence cinématographique ne nous fait pas peur tant qu’elle reste fictionnelle. Nous l’apprécions, même – nombre de séries télé sont truffées de gens ayant des idées aussi abominables que le meurtrier de Nice. Mais lorsque la réalité vient soudain remplacer cette fiction, cela devient psychologiquement ingérable. Voir tous les vendredis soirs un camion fou sur une chaîne de télé, cela n’a rien d’inquiétant. Mais s’il devient réel, le choc provoque une sidération d’autant plus forte que l’on a brusquement changé de registre.
- Les chaînes de télévision ont été très critiquées pour avoir diffusé « à chaud », le soir du 14 juillet, des entretiens avec des personnes en état de choc. Quel doit être selon vous le rôle des médias face à ces actes de terreur ? Quel traitement réserver aux images ?
- C’est une question très délicate, car les médias officiels, aujourd’hui, sont en concurrence non seulement entre eux mais avec les médias sociaux. Ils sont donc lancés dans une course effrénée au scoop et au sensationnel. Entre cette concurrence tous azimuts et le fait de pouvoir accéder quasiment en temps réel à l’information, les médias perdent la boule. Exactement comme le font les politiciens ou les grands chefs d’entreprise, qui sont eux aussi tellement submergés par l’urgence qu’ils en perdent toute capacité de réflexion – et ce, quelle que soit leur intelligence. Comment lutter contre cette dérive médiatique ? Par un meilleur contrôle de ce qui est diffusé, et surtout par un retour à la déontologie. Cela dit, il ne me semble pas que les ­médias officiels, globalement, diffusent plus d’images violentes qu’avant. Ce qui est gravissime, en revanche, c’est d’interviewer quelqu’un qui se tient en état de choc auprès du cadavre de sa femme. C’est indécent, et c’est une véritable violence faite aux gens.
- Lors d’un attentat comme celui de Nice, des photos et des vidéos parfois insoutenables sont diffusées sur les réseaux sociaux, et la modération des contenus n’y étant effectuée qu’a posteriori, certaines continuent d’y circuler pendant plusieurs jours. Que peut-on faire contre cette violence-là ?
- Pas grand-chose. De même que pour les images de décapitation produites par l’organisation Etat islamique : on les trouve sans difficulté, et il y a toujours des sites qui les reprennent. Est-ce que c’est grave ? Oui et non. Il y a toujours eu une pornographie de la violence, et il y aura toujours des sites qui tenteront de braver la loi pour la diffuser. Les réseaux sociaux sont ce que les gens en font, on y trouve donc le meilleur comme le pire. C’est le jeu.
Ce qui est beaucoup plus préoccupant à mes yeux, je le répète, c’est l’évolution des médias officiels sous l’effet de la compétition et de l’urgence. C’est à eux de faire la différence avec les réseaux sociaux et de revenir à leurs conditions premières d’exercice. Faire la course pour obtenir le maximum de tweets et de choses vues, c’est une dépravation du média institutionnel. Une perversion à laquelle les politiciens sont d’ailleurs les premiers à participer : dans ces moments de crise, ils se précipitent tous pour passer à la télévision. En oubliant qu’ils font ainsi le jeu du terrorisme, qui atteint en partie son but lorsqu’une société ne parle plus que de lui.



Texte publié dans l'hebdomadaire le 1 n° 113 consacré le 29 juin dernier à La police en état d'urgence. 

La délégitimation de la violence légale

Une chose frappe sur les vidéos des récentes manifestations (outre l'apparition d'un photo-reportage ubérisé), c'est de voir souvent policiers et manifestants intriqués comme dans une bagarre « normale ».
Loin de crier à la provocation policière, j'y vois le symptôme de la confusion régnante en matière de maintien de l'ordre.
Le dogme en vigueur en la matière reste en effet le principe weberien que l’État dispose du « monopole de la violence légitime ».
Ce dogme ne vaut plus du tout.
Il ne vaut plus du point de vue judiciaire dès lors que les juges ne cessent de prendre en compte la proportionnalité des actions des uns et des autres et que l'on encadre la « légitime défense » des forces de l'ordre jusqu'à n'en faire qu'un slogan.
Il vaut encore moins dans les faits : depuis des dizaines d'années des manifestations violentes se déroulent impunément. Plus encore, il existe des zones de non-droit officielles comme les fameuses ZAD (« zones à défendre ») de Notre Dame des Landes et de Sivens.
On a assisté au fil du temps (il faudrait remonter jusqu'à la mort de Malik Oussekine en décembre 1986) à une progressive délégitimation de la violence légale.
Pour plusieurs raisons.
Il y a, bien sûr, les progrès techniques permettant une administration « soft » de la violence. Les militaires ou gendarmes mobiles avec leurs fusils ont cédé la place à des guerrier ninjas équipés d'armes non létales. Les auto-mitrailleuses ont été remplacées par des canons à eau.
Ce progrès technique marche main dans la main avec la « civilisation de la violence » : la répression n'est plus en « tout ou rien » mais préventive, dissuasive et graduée. Il ne faut surtout pas tuer et le moindre blessé est un martyr de la brutalité policière. Qu'on songe, par comparaison, aux morts du 1er mai 1891 à Fourmies ou du métro Charonne le 8 février 1962 (j'omets pudiquement les 19 morts kanaks d'Ouvéa en 1988, la civilisation de la violence ne valant pas pour nos colonies...).
A beaucoup d'égards, il y a là un progrès vers moins de violence qui s'accorde avec notre conception d'une démocratie agonistique mais pacifiée.
Sauf que ce progrès s'accompagne de la banalisation de comportements illégaux. Il n'y a plus de frontière claire entre ordre et désordre mais une continuelle négociation.
Passe encore que le sacro-saint droit de manifester qui, il vaut la peine de le rappeler, est un droit de manifester ses opinions, se transforme en droit à couper les circulations routières ou ferroviaires, ou en droit à perturber la vie privée de ministres. Passe encore que le droit de grève se transforme en droit de séquestrer les cadres. Les choses sont déjà plus graves lorsque le droit de manifester devient un droit de casser commerces, aménagement urbains, véhicules – et policiers.
Le plus grave, ce ne sont pourtant pas ces dégâts mais l'effet destructeur sur la communauté politique.
On en vient en effet à un « désordre à la carte » qui est l'envers de l’État-guichet qui distribue ses prestations aux citoyens en fonction de leurs plaintes particulières. Il y a d'un côté ceux qui doivent subir l’État d'urgence (les Français d'origine immigrée) et d'un autre ceux qui n'y sont pas astreints (les zadistes écologistes, les cégétistes, les ados bobos radicaux qui jettent leur gourme). Le « à chacun selon sa plainte » devient un « à chacun selon sa violence ». Résultat : tout est « à la carte » et il n'y a plus de communauté.


lundi 18 juillet 2016

LA MACHINE A DENI

De nouveau on voit la machine à déni se mettre à tourner à toute vitesse au fil de "réflexions" toutes aussi profondes les unes que les autres sur les "motivations" de l'auteur du massacre de masse à Nice le soir du 14 juillet 2016.
Or ces spéculations de psychologie de café du commerce n'ont strictement aucun intérêt.
Fou ou non (et de quelle folie puisque la folie de dieu est un classique de tous les allumés et terroristes de toujours), islamiste ou non, ayant fait allégeance à l'Etat islamique ou non, peu importe.

Ce qui compte ce sont les faits. Et ils sont assez clairs.
Un tunisien de père et mère musulmans et donc musulman à jamais, déjà condamné et connu "défavorablement" (j'adore cet adverbe d'euphémisation administrative!) des services de police, pour des faits de petite délinquance (toujours selon la formule consacrée) loue un camion de 19 tonnes quelques jours avant la célébration nationale française par excellence - le 14 juillet
Il ne loue pas n'importe quel camion, pas une bétonnière ni une benne à gravats, mais un camion frigorifique pour mieux passer inaperçu dans une zone touristique où on livre nuit et jour des glaces, des poissons et des plats du jour y compris évidemment les jours de circulation des poids lourds interdite.

Ce "fou" qui apparemment raisonne fort bien (c'est fou ce que les réputés fous savent admirablement remplir des formalités, souscrire des contrats, reconnaître des parcours, faire du bodybuilding, battre leur femme et prendre des avocats!) reprend une forme d'attentat recommandé par le terrorisme islamique et largement pratiquée aussi bien avec des camions piégés que des véhicules à vide - souvenez vous de cet autre "forcené" essayant d'écraser des militaires de l'opération Sentinelle à Valence la veille du nouvel an... -.

Ce fou pas si fou écrabouille soigneusement 90 personnes et en laisse cul de jatte une petite centaine.
Comme aurait dit feu Bourdieu, il a repris fidèlement un pattern d'action terroriste islamique - à croire que c'est presque chez lui un habitus!
Maintenant quoi qu'il ait ou n'ait pas eu en tête, son acte est un acte de terrorisme islamique.

Par ces temps d'ignorance et de gnangnantise colossales, est-il permis de rappeler que la plupart de nos actions ne sont pas nôtres et nous dépassent parce que ce sont seulement des exemplifications de patterns sociaux. Durkheim et Bourdieu au secours!
La prise en compte des intentions n'a d'intérêt que lors du traitement médical ou judiciaire - pour évaluer la responsabilité de l'individu - en ce qui le concerne LUI et pas ce qu'il a fait qui est fait.

Encore heureux que les policiers qui ont flingué le fou n'aient pas été des psychologues: le temps qu'ils réfléchissent et convoquent des experts, le type arrivait à Monte-Carlo.
Je suis au demeurant très étonné de n'avoir pas entendu jusqu'ici un seul droit-de-l'hommiste dénoncer le fait qu'on abatte chaque fois que possible les terroristes au lieu de leur donner la chance de "s'expliquer" dans un procès où ils arriveraient évidemment auréolés de la présomption d'innocence.
Où sont donc passés les belles âmes?

(Suite)  NOUVELLES DU FRONT DES MEDIAS

Ce matin, 18 juillet le débat de 12h à 13 h sur France Inter, très bien animé par Thomas Chauvineau, porte sur la bienveillance et j'y échange avec Emmanuel Jaffelin auteur de plusieurs intéressants livres sur la gentillesse.
En début d'émission, un journaliste de Libération Grégoire Biseau vient commenter l'actualité...
Je trouve déjà bizarre et malsain que les médias ne cessent de s'entre-inviter, comme si on avait besoin qu'un journaliste vienne nous redire ce qu'il a dit.
Le dit Biseau s'en prend (à juste titre) aux politiciens qui se sont empressés de commenter le massacre de Nice.
Sauf qu'en bien-pensant labellisé Libération, il leur reproche évidemment d'avoir évoqué un acte de terrorisme islamique et, aussi sec, le voilà qui nous ressert la chanson qui nous est servie depuis quatre jours (par les médias mais pas par le procureur Molins) comme quoi il n'y a aucune preuve que le tueur ait été un extrémiste religieux...
J'ai déjà dit ce que je pense de cette bien-pensance qui alimente le déni et de ce néant d'argumentation.
Comme si le fait qu'on n'ait pas de preuve avouée que l'assassin agissait au nom d'Allah changeait quoi que ce soit.
Qu'est-ce que ça change au bilan (massacre de masse), au mode d'opérer, à la revendication par Daech, à la date éminemment symbolique choisie?
Je maintiens en positiviste peu honteux que les intentions ne font pas la vérité des actes. C'est en réalité l'inverse. Ce que disait déjà Hegel: "la vérité de l'intention, c'est l'acte".
Les actes sont ce qu'ils sont, quelle que soit l'intention avérée ou inconnue et ils suivent les mises en forme sociales disponibles au moment où ils sont réalisés.
Admettons en effet que l'assassin-camionneur ait été réellement déprimé et ait "juste" voulu se suicider, il pouvait choisir divers "modèles d'action" - se suicider à la bonze (se faire brûler), à la lambda (se faire écraser par le TGV), à l'ancienne (mettre la tête dans le four de la gazinière et faire sauter l'immeuble avec soi), à la rustique (se pendre à une poutre). Or il a choisi le mode d'opérer "à la Daech" et cela me suffit.
Je recommande sur un sujet qui n'a rien à voir avec le terrorisme mais avec l'art et l'ingéniérie le merveilleux livre de Michael Baxandall Formes de l'intention (Patterns of intention) où il montre que pour comprendre les oeuvres et réalisations artistiques, y compris créatrices, innovantes ou révolutionnaires, il nous faut identifier le registre des formes d'action accessibles à l'artiste au moment où il a agi. Ce ne sont pas les intentions qui expliquent les formes mais les formes choisies qui révèlent les intentions.
Evidemment notre Biseau ne peut guère entrer dans ces subtilités et il nous assène sa chanson dénégatrice derrière laquelle il y a évidemment contre nous le soupçon d'islamophobie.
Je ne raconterais pas cet épisode si la suite n'était aussi édifiante que cocasse.
Je rétorque en effet à Biseau avec toute ma bienveillance, qui comme chacun sait est immense, ce que je viens de dire et lui fais part de mon total désaccord avec ces articles d'excuses et de dédouanement.
Jaffelin, le partisan de la gentillesse, avec qui je ne me suis pas concerté, parle à son tour et dit avec malice qu'il lui paraît étrange que les journalistes, qui vivent de l'événement terroriste, reprochent aux hommes politiques de trop vite commenter alors qu'ils font eux, journalistes, la même chose et entraînent les politiciens à en faire de même.
Le cocasse vient à la fin, comme magnifique cerise sur le gâteau: le Biseau en question accuse le coup et paraît près de s'étrangler en disant qu'il ne s'attendait pas à être mis en accusation. Dame! Nous avons osé questionner la parole du journaliste.
Je signale cette réaction car elle est aujourd'hui typique des gens de média: ils se drapent dans une sorte d'immunité de "4ème pouvoir" et s'évanouissent quand on met en question leur parole, leur éthique ou leur capacité logique.
Ensuite le débat s'est bien déroulé et, je crois, de manière intéressante.
Restons quand même optimistes: à travers toutes ces crises, je vois se dessiner une toute petite prise de conscience que ça ne pourra pas éternellement continuer ainsi.